Sur l’IA, les CEO prennent le pouvoir, forment et se forment
Malgré une conjoncture économique volatile, l'investissement dans l'IA ne ralentit pas, mieux il se sanctuarise. Selon le BCG, l'IA domine l'agenda des directions générales au point de devenir un facteur de risque personnel pour la carrière des dirigeants.
D’après l’AI Radar 2026 du BCG, les investissements en IA accélèrent au niveau mondial. La part du chiffre d'affaires consacrée à l'IA est passée de 0,6% en 2024 et 0,8% en 2025 à une projection de 1,7% pour 2026.
Ce doublement des ressources en douze mois signale, estime le cabinet de conseil, une transition vers une phase industrielle de la transformation. Cette dynamique met toutefois en lumière des disparités sectorielles marquées :
- Les secteurs offensifs : La technologie (2,1%) et les institutions financières (2,0%) mènent la charge, suivies de près par l'énergie et l'assurance (1,9%).
- Les secteurs en retrait : L'industrie et l'immobilier restent prudents, ne consacrant que 0,8% de leurs revenus à cette transition.
Le basculement de la gouvernance : le CEO face au "Confidence Gap"
Le caractère irréversible de la stratégie en faveur de l’IA est confirmé par la résilience budgétaire : 94% des dirigeants maintiendront leurs investissements même en l'absence de gains financiers immédiats en 2026.
Fait plus notable encore, seuls 6% des entreprises envisagent un repli en cas d'échec de leurs initiatives actuelles, tandis que 70% prévoient de maintenir le cap et 24% d'augmenter leurs ressources ou de faire appel à des experts externes.
L'IA n'est plus un projet "IT" piloté par la DSI. Elle est devenue une prérogative de la direction générale. Aujourd'hui, 72% des PDG se déclarent les principaux décideurs en matière d'IA, une proportion qui a doublé par rapport à l'année précédente.
Un facteur explique en partie ce changement de dynamique. L'enjeu est désormais existentiel pour les dirigeants : 50% des PDG estiment que leur propre stabilité professionnelle dépend de la réussite de leur stratégie IA en 2026.
Une fracture nette apparaît cependant au sein du C-suite. Alors que les PDG affichent une confiance de 62% dans leur capacité à générer un ROI positif, ce chiffre chute à seulement 25% pour les cadres non-techniques.
Ce fossé de 37 points souligne une déconnexion entre l'ambition du sommet et la perception opérationnelle de la base managériale. L'urgence est réelle : les dirigeants anticipent que d'ici 2030, plus de la moitié des rôles dans l'organisation - y compris au sein du C-suite - seront supprimés ou radicalement transformés par l'IA.
L'IA agentique catalyseur technique du ROI
L'intérêt des directions générales se cristallise à présent sur l'IA agentique, perçue comme le levier de productivité essentiel. Environ 90% des PDG voient dans les agents autonomes le facteur qui permettra enfin de dégager un ROI mesurable en 2026.
En conséquence, plus de 30% du budget total consacré à l'IA est désormais alloué spécifiquement aux agents. Cette technologie doit redéfinir le rapport au travail. L'IA n'est plus un simple outil, mais une entité dont le rôle mute au sein de l'organisation, tout comme la place accordée aux agents IA :
● Assistant : Progression de 26% à 61% d'ici trois ans.
● Collègue : Transition massive de 11% à 35%.
● Mentor : Évolution de 12 % à 36%.
Sur le plan de la cybersécurité, l'IA agentique est perçue diversement. 59% des leaders y voient à la fois une menace et une opportunité. Dans le même temps, 32% considèrent la cybersécurité comme la plus grande opportunité (réaction ultra-rapide, analyse de logs massive), tandis que 9% n'y voient qu'une menace (attaques automatisées, recherche de failles sans repos).
Tous les CEO n’ont pas la fibre IA
Le rapport segmente le leadership mondial en trois catégories, dont les performances sont portées par des multiplicateurs d'engagement. Premier archétype, les Trailblazers (15%), les plus investis dans l’IA dans leur organisation.
Ces pionniers investissent massivement (souvent >50 M$) et créent un cercle vertueux. Ils consacrent 60% de leur budget IA aux agents, contre seulement 25% pour les autres groupes, à savoir les pragmatiques et les suiveurs.
L’avance des Trailblazers repose sur une discipline personnelle : ils sont 3,4 fois plus susceptibles de passer plus de 6 heures par semaine à approfondir leur culture IA et 2,7 fois plus susceptibles d'avoir déjà formé plus de 50% de leur personnel.
Les Pragmatists (70%), qui regroupent l’essentiel des décideurs à ce jour, adoptent une posture d'attente. Ils n'investissent que lorsqu'ils perçoivent une valeur évidente (27% de leur budget de transformation).
Les Followers (15%), enfin, c’est-à-dire les suiveurs, recommandent la prudence mais manquent de conviction profonde (24% d'investissement). Mais pour réussir sur l’IA, il apparaît clairement préférable pour une entreprise de disposer d’un dirigeant appartenant aux pionniers.
Pour le BCG, les résultats concrets affichés par ces derniers valident l'approche des Trailblazers. Foxconn a ainsi identifié plus de 400 millions de dollars d'économies grâce à un modèle opérationnel IA déployé sur 200 usines. De son côté, Reckitt a doublé sa production marketing de qualité tout en réduisant les tâches routinières de 90%.
Géopolitique de l'IA : valeur ou protectionnisme
Une divergence fondamentale sépare les blocs économiques. En Asie, la dynamique est portée par une "conviction croissante". Ainsi, les PDG en Inde (76% de confiance) et en Chine (73%) agissent parce qu'ils perçoivent une valeur intrinsèque élevée, avec une pression concurrentielle minimale.
À l'inverse, l'Occident opère dans une logique de "pression concurrentielle". Au Royaume-Uni, seuls 44% des PDG sont confiants dans le retour sur investissement. En conséquence, leur action est davantage dictée par la crainte d'être distancés que par une adhésion technologique profonde.
Pour transformer l'ambition des dirigeants sur l’IA en résultats tangibles, le BCG identifie cinq piliers critiques pour l'agenda des directions générales :
- Priorité stratégique absolue : Positionner l'IA et les agents au cœur du modèle pour être le disrupteur, non le disrupté.
- Littératie individuelle : Les PDG doivent approfondir leur propre compréhension technique pour diriger la transformation.
- Engagement de capital à l'échelle : Investir de manière décisive dans toutes les fonctions métier, de bout en bout.
- Upskilling massif : Former la main-d'œuvre pour optimiser le jugement humain face à l'autonomie croissante des machines.
- Traçabilité rigoureuse du ROI : Imposer des mécanismes de mesure précis pour garantir une rentabilité durable.
D'ici 2028, 90% des PDG estiment que l'IA aura redéfini les critères mêmes de la réussite en entreprise. La fenêtre d'opportunité pour structurer cette mutation est désormais ouverte ; elle ne tolère plus l'attentisme.
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